jeudi 25 septembre 2014

Les châteaux de La VIEUVILLE, Le CHATELLIER, au tournant de leur histoire.







                                             LE MANOIR ET LE CHATEAU DE
                                             LA VIEUVILLE, XVIIeet XIXe siècles


La  singularité de La Vieu(x)ville, c'est de réunir  grand manoir et château sur le  même site et de  présenter l'image d'une lointaine opulence ; c'est aussi  une longue traversée de l'Histoire. L'actualité  lui ajoute une  touche particulière.


 Le  manoir , XVIe et XVIIe.


          

     Le manoir de la Vieu(x)ville appartenait aux seigneurs de ce nom dès le XIIIe siècle. 
    Pendant la guerre de Cent Ans, alors que la baronnie de Fougères était aux mains des ducs d’Alençon, Marie de Bretagne, duchesse d’Alençon, choisit en 1426 Alain de la Vieuxville, gouverneur de Fougères, comme curateur du jeune duc d'Alençon Jean II, fait prisonnier à Verneuil en 1424. Il dut veiller au rachat de la liberté de Jean II : la baronnie de Fougères en devint l'enjeu. En décembre 1428, le duc Jean II la vendit  à son oncle, le duc de Bretagne.


                                             L'épisode Huguenot

      Alors que le protestantisme était peu implanté dans le pays de Fougères, la Vieuville fit exception : en 1603, César de la Vieuville, qui avait épousé Judith de La Muce, fille de Bonaventure Chauvin de La Muce, protestant nantais proche de Henri IV, gouverneur de Vitré, agrandit le château et y institua un lieu de culte, le Prêche : il  était situé  dans l'aile  en  retour d'équerre qui  prolongeait le manoir au nord-ouest et rejoignait les dépendances de la ferme.
 Une petite communauté protestante s’établit à la Vieu(x)ville, elle était desservie par un pasteur de Vitré où était concentrée une église protestante importante; il  officiait également dans quelques communautés sporadiques  du pays de Fougères (Villavran en Louvigné-du-Désert,le Rocher-Portail en Saint-Brice-en-Coglès). Leur fils,Jean de la Vieuville,épousa Elisabeth de Montgommery, de même confession, héritière des Montbourcher et des seigneurs de Ducey.
  En 1685, La Vieuville obtint son pasteur qui fut expulsé lors de la Révocation de l'Edit de Nantes, la même année. (voir 1 J-Y Carluer)
   Au cours du mois de janvier 1686, après la Révocation de l’Edit de Nantes, dix-neuf protestants abjurèrent leur foi et revinrent au catholicisme dans l’église du Châtellier : parmi eux, Elisabeth de Montgommery, veuve de Jean de La Vieuville,  et sa famille.  En 1732,leur fille, Elisabeth de La Vieuville épousa Charles Michel de Cambernon, gouverneur de Coutances : la Vieuville était restée propriété familiale  jusqu' au milieu du XVIIIe siècle. 
Autre  période  tourmentée et sanglante: la Contre-Révolution. Aux abords de La Vieuville, les Chouans conduits par du Bois-Guy se heurtèrent aux Républicains à deux reprises,en1795 et 1800,  la croix des Tombettes  dressée près de l'avenue principale commémore ces deux combats. Le château de la Vieuville servit de cadre  à plusieurs scènes du film " Les Chouans " avec Jean Marais.
En 1755, la Vieuxville est vendue aux Patard de la Mélinière et transmise de génération en génération aux  Le Mercier des Alleux, de Guéheneuc de Boishue, de Villoutreys de Brignac,Chauveau de Villoutreys. 


          Un manoir classique 


 Le logis-porte.
   Le manoir de la Vieuxville est une  belle demeure du XVIIe. Il présente un grand pavillon en granit appareillé  élevé sur deux étages sous lesquels s'ouvre une large porte cintrée, sommée d'une archivolte ; il est  orné d’une corniche modillonnée et couvert d’un toit à croupes : ce pavillon est accosté d’une tourelle assez élégante, plus ancienne (XVIe), dont la couverture  à l'impériale est coiffée d’un campanile.
Le toit du logis aligne des lucarnes  ouvragées ; ce logis daté de 1665 était prolongé d’un second pavillon à couloir démoli au XIXe ; les deux autres lucarnes à fronton triangulaire qui équilibraient la façade ont été déposées et placées sur le toit des communs du nouveau château à l'époque de la reconstruction. Les rampes du perron d'accueil  sont  garnies de balustres incurvés. Devant le manoir, s'étendait autrefois un parc  à la française.
On accède au manoir par une grande allée plantée, fermée par une belle grille en fer forgé du XVIIIe siècle, venue de l'ancien hôtel Le Harivel , rue Pinterie,à Fougères.Les alentours portent l'ombrage imposant de hêtres et de chênes plusieurs fois séculaires.


LE CHATEAU NEUF DE LA VIEUXVILLE












     Vers 1860, Saturnin DES ALLEUX fait construire un nouveau château sur les plans d’un architecte rennais en vogue, Jacques MELLET avec la collaboration de l'architecte  Jourdin avec qui il avait collaboré à l'édification de l'église du Châtellier au cours des années 50. Jourdin  venait également d'élever, sur la même commune, le nouveau château de La Folletière. 

Médaillon de façade: Saturnin des Alleux.

  Mme des Alleux
née Sophie Patard de La Mélinière.
Blason familial  et couronne comtale.

   

   Le plan choisi est simple : deux ailes symétriques s’ordonnent de part et d’autre d’un avant-corps central de forme hexagonale qui arbore le blason tenu par deux lions et les médaillons des fondateurs, Saturnin des Alleux et son épouse Sophie Patard de la Mélinière. Ces ailes élevées sur deux étages séparés par un bandeau se terminent par deux tourelles d’angle au sud et deux pavillons au nord. Les travaux s'achèvent en 1869.

   Le Moyen Age fascine les Romantiques : le goût de Viollet-Le-Duc (1814-1879) a fait école et le style néo-gothique fleurit : tourelles d’angle, toits en poivrière, faux mâchicoulis, hautes fenêtres font partie du nouveau répertoire architectural. Plusieurs châteaux des pays de Vitré et Fougères réalisés par  Jacques MELLET présentent des variantes de ce goût  néo-gothique;la Vieuville n'échappe pas à ce qu'on appelle  la "production stéréotypée" dans les nombreuses réalisations de Jacques Mellet.Toutefois,  la décoration y obéit à un parti-pris de sobriété: les motifs  ornementaux se limitent aux portraits en médaillon des commanditaires, aux fleurons des lucarnes, aux balcons  des baies  de la façade ajourés de chevrons ou de mouchettes gothiques.



    A une époque où la notion de confort reste très relative, ces châteaux "modernes" offrent surtout l’espace, la luminosité, les commodités que n’avaient pas les constructions des siècles précédents. A la Vieuville comme ailleurs, les pièces sont particulièrement lumineuses, les tapisseries tendues sur les parois apportent  lustre et intimité, les tourelles sont  aménagées en salles d'eau ou en bibliothèque. On  y jouissait déjà de l’eau courante au XIXe grâce à l’ingénieux bélier hydraulique.

       L’édifice est implanté au cœur d’un beau parc à l’anglaise, au bord d’un plan d’eau, dans un vallon pittoresque et frais où alternent buissons et bosquets.


 Les pavillons nord,(cl.2014).

                UNE NOUVELLE ERE, UNE SECONDE CHANCE?

  En septembre 2014, par  choix des maîtres du lieu, le nouveau château change de propriétaires; ses destinées sont confiées à un Canadien épris de la demeure et de son parc et désireux d'en garder le caractère.
 Deux jours d'affluence, trois jours d'enchères suffisent à peine pour disperser le patrimoine mobilier accumulé par près de dix générations. Collectionneurs, antiquaires, amateurs d'objets précieux suivent l'envolée des enchères : dopés par une campagne médiatique habile et par la magie du site, les prix atteignent souvent des sommets. Voisins de la commune, amis et fermiers du domaine assistent, incrédules ou un peu mélancoliques, autant par estime que par curiosité, au déshabillage du château et de sa  mémoire. Le spectacle est inédit,  presque digne de Flaubert. Les murs d'une intimité respectée s'effondrent, un ordre qui semblait immuable et rassurant s'éloigne : signe des temps...
    Les portraits des illustres prédécesseurs, souvent alliés aux familles parlementaires de Haute-Bretagne, passent en d'autres mains.  Les notables   locaux, dont certains ont connu les Guerres de Religion et le règne d'Henri IV, défilent pour une dernière parade. Plusieurs s'en vont au Musée de Bretagne : juste retour pour le président de Brilhac grâce à qui  le Parlement de Bretagne fut épargné par l'incendie de 1720. La série des Thomire, peintre reconnu, échappe en partie à la dispersion et  les portraits des Geffrard de la Motte (d'Iné), originaires du pays de Fougères, solidement implantés au pays de Vitré, propriétaires du manoir du Bois-Cornillé sur la commune du Val d 'Izé au XVIIIe et  parfois marqueurs d'Histoire, entrent dans la connaissance publique. D'autres trouvent acquéreurs parmi de lointains affiliés ou des amateurs éclairés. Salons, orfèvrerie religieuse, joaillerie, signatures, symboles de classe tombent aux mains des plus offrants. La mémoire s'éparpille, les noms et les écussons familiers des Alleux, de Boishue, de Saint-Seine brillent encore pour quelque temps d'une présence un peu plus immatérielle et surannée sur les vitraux et le mobilier de l'église paroissiale. L'esprit du site se retire au vieux manoir chargé d'Histoire.
 Comme ses voisins, le "château neuf" de La Vieuville change de personnalité:  une seconde chance ...

                                                                  Jean-Paul Gallais

   
Pierre de Brilhac, premier  président du parlement de Bretagne,
Ecole  française,début  XVIIIe. acquis par le musée de Bretagne.
Voir 
O -F , 4-5 octobre 2014,article "Devoir de mémoire..."
                                                        
            Bibliographie, sources :
                       Renseignements: M. Mme Chauveau de Villoutreys.
                Pautrel E. : Notions d’Histoire et d’Archéologie pour le pays de Fougères – 1976, p 76.
                 1-Carluer J-Y. Protestants et bretons, Editions La Cause, 2003;site internet correspondant.
                O de Charry-Tramond, les Mellet, un cabinet d'architectes, mémoire, Université de Haute-Bretagne, 1984.
                Inventaire du Patrimoine régional, Bretagne.
                Sur la vente aux enchères au château, voir presse locale: O-F , 12-09-14 , 25-09 14 ; la Chronique,18-09-14.
                Clichés: auteur.








vendredi 12 septembre 2014

LES SEIGNEURS de FOUGERES II: Main II de Fougères


Les seigneurs de Fougères (2e partie) :


Main II de Fougères



Main II reste le premier membre du lignage à porter le nom de « Fougères » dans des actes contemporains. Ceci indique que le site était devenu le lieu de résidence de la famille. Avec lui, la documentation est plus importante, on parvient à le cerner, lui, sa famille et sa politique.




« Main de Fougères »

Main II apparaît au cours des années 1020-1030, les difficultés à dater les actes avec plus de rigueur empêchent d’être plus précis. Le document le plus ancien le concernant remonte aux années 1008-1030, il doit avoir succédé à son père depuis peu de temps puisqu’il apparaît au sein de la liste de témoins comme étant le « fils d’Alfred ». Comme son père, Main figure en bonne place dans les actes ducaux.

Entre 1015 et 1022, il apparaît dans un acte du duc breton, Alain III, avec la dénomination suivante : « Main de Fougères », mais cet acte est un faux rédigé ultérieurement. Il faut attendre les années 1040-1047 pour avoir la certitude que Fougères est bien occupée par ce lignage.




L'église de Saint-Sauveur-des-Landes.





Ainsi, au cours de cette décennie, Main II, qui prit le nom « de Fougères », confirma le don de son grand-père à Marmoutier de l’église de Louvigné-du-Désert ainsi que de divers biens et revenus (bourg, cimetière, droits...). Il ne se contenta pas de confirmer les dons, mais il les augmenta. Main II réactiva le lien avec l’abbaye et fit en sorte que la localité ne périclite pas alors que Fougères se développait. Un second texte des années 1040-1047 évoque Fougères. Main II donna à Marmoutier l’église de Saint-Sauveur-des-Landes, il permit aux moines d’établir un prieuré et leur offrit trois maisons, une située en Louvigné-du-Désert, une autre en Bazouges-la-Pérouse et la dernière localisée « dans le castrum de Fougères », qui ne correspond pas au château, sens premier de castrum, mais à l’agglomération se développant alors à l’ombre du site fortifié. Cet acte fixe aussi les limites de la seigneurie fougeraise. Main II eut un rapport particulier avec le prieuré de Saint-Sauveur puisqu’il y fut inhumé.



Un seigneur entre Bretagne et Normandie


Si d’aucuns ont vu en Main un seigneur breton, que l’on orthographiait bien souvent Méen, les actes conservés nous montrent une autre politique de la part du seigneur fougerais.

On le voit surtout actif dans la région de Saint-Sauveur-des-Landes où l’abbaye de Marmoutier peine à s’installer rencontrant l’hostilité de l’élite locale au cours des années 1040. L’église était divisée en parts, comme cela était fréquent, quatre en l’occurrence. Il s’agit de droits tenus en fief reçus par les pères de quatre hommes. Ils devaient les avoir reçus de Main II, ou de son père, en échange de la protection de ce dernier. Ils s’estimaient ainsi dépouillés d’une partie de leurs revenus, mais aussi éloignés du sacré, rappelons que l’église venait d’être cédée aux moines de Marmoutier, or les religieux priaient pour les vivants et les morts, leur assurant ainsi leur salut. Revendiquer une partie de l’église pouvait revenir à briguer une partie des prières. Ainsi, le lignage Pinel posa plusieurs problèmes, non seulement à propos de Saint-Sauveur-des-Landes, mais aussi de Romagné. Le seigneur de Fougères dut donner de fortes sommes d’argent, des chevaux, un équipement de chevalier... La famille Pinel n’hésita pas à entrer en conflit avec le seigneur de Fougères, mais aussi le duc de Bretagne et l’abbaye de Marmoutier, probablement la plus prestigieuse de l’Ouest. Parmi les membres du lignage, l’un des plus importants, Kinouuaret, était vicarius, c’est-à-dire représentant local de l’autorité publique, du moins était-ce son titre, les réalités de la fonction devaient être différentes. Il avait dû capter une partie des prérogatives publiques à son profit et celle de son lignage. Sa famille était donc solidement implantée localement et l’installation de moines et donc d’une seigneurie monastique éveilla sa méfiance.




           La présence de Main II en Haute-Bretagne dans les actes écrits conservés.


Quand on observe les actes dans lesquels Main apparaît, on perçoit l’étendue de la seigneurie de Fougères, même s’il est impossible d’en dresser une carte avec des limites précises. On note que son pouvoir rayonnait à partir de centres (Louvigné-du-Désert, Bazouges-la-Pérouse, Saint-Sauveur-des-Landes et surtout le château de Fougères) et que son autorité s’étendait jusqu’à Vieux-Vy, Chauvigné et Sougéal. La mention de cette dernière localité permet d’aborder une évolution dans la politique de notre seigneur.

En effet, loin d’être un rempart breton comme les princes voisins, Main II a joué sa propre partition. C’est très certainement avec lui que le lignage de Fougères connut le début d’une autonomie relative importante, pas une indépendance. Ainsi passé le milieu du XIe siècle, Main fréquenta la cour du duc de Normandie, Guillaume. À deux reprises, il y figure comme témoin d’actes et dans un troisième texte, il confia l’église de Savigny-le-Vieux à Marmoutier. Or, il est bien noté dans ce document que Savigny relevait des terres contrôlées par le duc de Normandie. Il y a donc eu un rapprochement entre les deux hommes. Les actes ne sont pas assez explicites sur les motivations et il peut y avoir plusieurs hypothèses. Guillaume de Normandie a-t-il restitué des biens anciens qui appartenaient à la famille de Fougères avant sa prise de contrôle du Cotentin afin de se concilier un vassal ? Main n’aurait-il pas anticipé la menace normande car en ce milieu de XIe siècle, Guillaume se montre expansionniste et a des visées sur le nord-est du Rennais ? Habilement, les deux hommes auraient trouvé un terrain d’entente satisfaisant les deux parties. Main augmentait ses possessions foncières et seigneuriales et Guillaume s’assurait la fidélité d’un homme dont le lignage contrôlait un accès de la Bretagne. L’histoire des XIIe-XIIIe siècles, bien avant celle du XVe siècle, allait montrer que la situation frontalière de Fougères était stratégique pour les Bretons, mais tout autant pour les ducs normands devenus rois d’Angleterre.

Car par la suite, on ignore la politique suivie par Main II. Lors de la célèbre expédition de Guillaume en 1064 dans le nord de la Bretagne, brodée sur la Tapisserie de Bayeux, le seigneur fougerais et sa place forte sont absents. A-t-il participé à la conquête de l’Angleterre et au combat d’Hastings en 1066 ? Toute une tradition le prétend, mais sans certitude car la documentation est très lacunaire pour cette période (années 1060) au cours de laquelle Main II mourut.



Un lignage solidement implanté


Avec Main II le lignage de Fougères est solidement installé dans le nord-est du Rennais, à Fougères. La reconstitution de sa famille l’illustre. Main a épousé Adélaïde dont l’origine a longtemps posé problème. Elle fut parfois présentée comme la fille d’un seigneur normande, Giffard de Bolbec de Longueville ou Girois, seigneur du pays d’Ouche, parfois comme la fille d’un seigneur du Châtellier. Cette dernière hypothèse est la moins probable, Main II, personnage important, devait épouser une femme d’un niveau si ce n’est également au sien, sinon supérieur. Or, les récentes recherches de Florian Mazel permettent d’envisager une autre hypothèse à partir notamment des prénoms. Le choix d’un prénom n’était pas neutre au Moyen Âge, même durant ce XIe siècle qui prolonge en la matière certaines coutumes héritées du haut Moyen Âge. Un prénom définit la place d’un individu dans la famille mais plus encore dans la société. Dès lors, en observant les noms des personnes, on peut retrouver certains liens tus par les sources écrites car évidents pour les contemporains. Ainsi, Adélaïde portait un prénom en usage dans la famille comtale bretonne, deux des enfants du couple, Eudes et Juhel, portaient des prénoms comtaux. Dès lors, Adélaïde serait une fille du comte Eudes ; par son mariage, Main s’est hissé dans l’aristocratie régionale.







Main II eut au moins quatre enfants, donnée importante pour la perpétuation du lignage mais aussi ses alliances politiques, par le biais du mariage des filles. Eudes était l’aîné de la fratrie, cité plusieurs fois au cours de la décennie 1040, il mourut jeune, probablement avant 1047. Juhel, le cadet, devint donc l’héritier, on le voit poser son seing sur un document normand ; ce fut effectivement lui qui succéda à Main II. Ce dernier eut un troisième fils, Raoul, qui devint lui aussi seigneur. Le couple n’aurait eu qu’une fille, mais sur ce point, il convient d’être prudent, les sources les évoquent peu, d’autant plus qu’en se mariant elles quittent tôt la maisonnée. Godehilde, semble-t-il la seule fille, fut mariée à Jean Ier de Dol, membre d’un lignage très important en Bretagne qui a donné naissance aux seigneuries de Combourg et Dinan et contrôlait le siège (archi-)épiscopal de Dol.





 Généalogie de Main II

Conclusion

Avec Main II on devine ce que pouvait être une famille de l’aristocratie moyenne dans l’Ouest de la France. Les relations tissées par le lignage s’étendent aux régions voisines, particulièrement la Normandie, mais aussi les Pays de la Loire, par le biais de l’abbaye de Marmoutier. Le mariage apparaît comme un moyen de nouer de relations avec des familles d’un rang supérieur, signe d’une ascension. L’espoir du lignage repose aussi et peut-être même surtout sur l’épouse qui doit mettre au monde un garçon, voire plusieurs. Eudes disparaît tôt ; Juhel et Raoul furent les garanties de la survie de la Maison de Fougères. Main II fut donc le premier seigneur à porter le titre de « seigneur de Fougères », il est parvenu à enraciner sa famille à partir du château.




                                                       Julien Bachelier




Bibliographie

Christian Le Bouteiller, Notes sur l’histoire de la ville et du pays de Fougères, Bruxelles, éd. Cultures et civilisations, 1912-1914 (rééd. 1976), 4 vol., ici t. 2.

Florian Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères à l’époque grégorienne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2006, t. 113-3, p. 105-135.