jeudi 20 décembre 2012

LE TRESOR DE SAINT-MARC-LE-BLANC au Musée des Thermes de Cluny

                         UN   TRESOR  ENIGMATIQUE        

 
 
 
 

 Trésor de Saint-Marc-le-Blanc. Musée National des Thermes de Cluny.
(Clichés:J.M. Gallais.)



        Comme dans  la légende...

       En 1854, un agriculteur du village de la Maison Neuve, en Saint-Marc-le-Blanc, près de Saint-Brice-en-Coglès, fait une découverte originale dans une haie : un vase d'argile renfermant plusieurs pièces d'orfèvrerie celte : bracelets, anneaux, bagues en or et quelques lingots.


 Bracelet lisse, à  quadruple révolution,185gr. âge du Fer.


 
 
        Certains  bijoux ont disparu mais neuf sont exposés au Musée National du Moyen Age, dans les Thermes de Cluny (Paris Vè) et, comme bon nombre d'objets de cette période, ils gardent une bonne part de leur mystère. Ils voisinent avec une chaîne en or découverte en 1843 dans le tumulus funéraire d'un prince-guerrier en forêt de Carnoët, près de Quimperlé, et avec une parure torsadée, plus ancienne que celle de Saint-Marc-le-Blanc, trouvée à Cesson.  


       Si  les anneaux appartiennent à la période du Bronze final (vers 1200-800 av. JC), les autres parures semblent remonter au VIè siècle avant notre ère. Les plus anciennes présentent un dessin simple, tandis que les dernières sont souvent torsadées, ornées de filets guillochés, plus affinées. Les archéologues y ont vu des analogies avec les objets d'orfèvrerie de la même époque fabriqués au nord-ouest de la Péninsule Ibérique (Galice, Asturies...)
    Leur présence à Saint-Marc -le-Blanc pose la question de leur origine: l' idée de l'existence d'ateliers bronziers à Saint-Marc est acceptée:  près du lieu-dit le Plessis,  on a découvert en 1861  des fragments d'armes,de haches de bronze,de glaives, des  pièces de moule,des scories de charbon.... L'archéologue Danjou de la Garenne  a fait  le même  constat, sur le site de Mont-Baron, à l'orée de la forêt de Fougères en Saint-Germain-en -Coglès où il a relevé en 1871 une centaine de petites haches de bronze,  une pièce de moule, des scories métalliques, des traces de charbon. L'existence d'un travail de l'or sur place, où le métal faisait défaut , n'est pas encore fondée. 


     
 


 
                      Collier à triple torsade, âge du Fer, et bracelet
                                             ouvré de chevrons.
 
 
 
    Ces créations nous disent la maîtrise des arts du feu chez les Celtes, pratique magique en connivence avec la nature, captation des énergies secrètes de la Terre. Elles parlent un langage dont nous n'avons pas les clés, bien que de nombreuses tentatives de lecture aient été ébauchées, notamment à partir des quatre cônes de l'âge du Bronze, comme celui d'Aventon (musée de Saint-Germain-en Laye) et celui de Berlin.
    Déposées dans la nature, loin des sites d'exploitation ou des sépultures, ces oeuvres  ont pu s'inscrire dans un rituel d'offrande et de conciliation. Marques d'un savoir-faire relié à l'absolu, elles ont gardé, au delà des siècles, leur charge d'immatérialité.



 Torsade découverte à Cesson, début du Bronze final.

 
        Si travaillés qu'ils soient et si exceptionnelle qu'ait été leur découverte fortuite, ces objets n'égalent pas le raffinement de la tasse en or de Paimpont (1880), décorée d'une frise de canards très stylisés et de motifs en spirale sans doute solaires (vers 1250 av), déposée au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, visible d'un clic sur ce lien: 

                            
                                               Jean-Paul Gallais
       Droits réservés, Société d' Archéologie
 
      Clichés: J-M .Gallais. DR.
               
     Sources et bibliographie :
              - Musée national du Moyen Age, Thermes de Cluny, Ed 2003.          
             - Musée  des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye, éd.2004.


             - Eluère Christiane, L'art des Celtes, Cit.et Mazenod, 2004.
             - Duval Paul-Marie, Les Celtes, Gallimard, l'Univers des Formes,2009.
             - Bulletin Société Achéologique d'Ille-et-Vilaine, IX et XIII.







            



















 
                   

 

 



 
 

samedi 1 décembre 2012

UNE FERME GAULOISE A ST-SAUVEUR -DES-LANDES,SITE de PLAISANCE





 

 
A Plaisance en St-Sauveur-des-Landes :
un site gaulois
(IIIème siècle à Ier siècle avant J.C.)
 

 

     De juillet à novembre 2012, l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) a réalisé un important chantier de fouilles dans la ZAC de Plaisance. Au plus fort de l'activité, 17 archéologues ont été présents.


Une partie du champ de fouilles préventives de Plaisance.
 
 

        Des premiers sondages avaient identifié un site gaulois, une occupation médiévale et la présence d'un cours d'eau avec passage à gué. Conformément à la loi, Fougères Communauté, porteur du projet d'aménagement a pris en charge les coûts du chantier de fouilles qui représente 2,5 hectares, sur les 32 hectares de la zone.

 
     Plaisance est un lieu très humide, à moins d'un mètre de la nappe phréatique. Malgré cela et disséminés sur le site, plusieurs puits ont été mis à jours. Il s'agit de trous d'1,50 m de profondeur avec présence de quelques pierres servant de margelle pour faciliter le puisage.

 Excavations à fleur d'eau ( cliché V. Lotton ).


 
     Le choix du site reste une énigme : pourquoi des hommes se sont installés ici, en un lieu aussi détrempé, aussi inhospitalier ?
 
      Des suppositions peuvent être échafaudées dans toutes les directions : pisciculture, céréales, chanvre, élevage et tannage des peaux  … ? Tout peut donc être imaginé, mais seules les traces, les indices, les preuves matérielles sont prises en compte.

    Si l'humidité du sol a permis la conservation de bois et poteries, l'acidité de l'arène granitique a fait disparaître toute trace de métaux ou ossements. Les éléments recueillis permettent de situer la présence humaine pendant trois siècles, soit entre le 2ème siècle et le 1er siècle avant J-C. La fin d'une époque marquée par l'arrivée des Romains (au milieu du 1er siècle). Cette romanisation s'accompagne d'une réorganisation spatiale avec éradication du maillage gaulois. Les fermes gauloises, nombreuses dans la région, sont alors été désertées.




     

 
 
 Détail (cliché P. Bouyer.)

Mme Sicard, archéologue
 de l'INRAP responsable 
 du  chantier, présente la sole d'un four à pain.
(cliché V. Lotton.)




                                  
                  
 
     Un premier décapage a mis à jour un plan simplifié : plan quadrangulaire de ferme gauloise avec façades rectilignes et entouré de fossés dont les plus grands font 3 mètres de large pour 2 mètres de profondeur et sont bordés de talus. Il existe également un réseau secondaire de fossés moins profonds. Ces deux enclos concentriques délimitent un espace d'une surface d'un hectare et demi, ce qui est très supérieur aux enclos des fermes de cette époque dont la surface est de 3000 à 5000 m². L'enclos est parcouru de nombreux fossés secondaires créés pour assainir le lieu.

 

   A l'intérieur de cet enclos les fondations de l'habitation ont été mises à jour. La maison est importante également : 60 m² sachant qu'habituellement on est plus sur une surface de 30 m². Les traces de bois permettent également de penser que la maison disposait d'un étage et les murs faits de planches et aux angles arrondis, dont la partie basse était enterrée dans une tranchée. Cette maison pouvait être occupée par une famille élargie : la famille nucléaire ainsi que les grands parents et d'autres personnes, soit dix à vingt personnes.
 


 Charpente fictive permettant de visualiser la surface de la maison (cl. Pierre Bouyer)
 

      Dans l'enclos, il existe également des bâtiments annexes ou des activités étaient pratiquées : métallurgie, céramique. La ferme vivait en semi autarcie. Il existait pourtant des échanges avec l'extérieur, pour preuve un morceau d'amphore provenant du sud de la France. Localement, la poterie fabriquée était à destination de la cuisine ou du stockage des céréales.

      Les quelques scories de fer retrouvées permettent de penser qu'il y avait une petite pratique métallurgique : réparation d'outils ou ferrage de chevaux ?
     La découverte de nombreux lieux de stockage de céréales greniers et silos confirme bien la culture de céréales (blé, orge, épeautre), source de l'alimentation. Les silos des trous creusés dans le sol et tapissés intérieurement d'argile. Ils permettent de conserver des céréales d'une saison à l'autre, soit pour l'alimentation, soit pour les semailles.L'alimentation à base de céréales est attestée par la présence de nombreuses meules rotatives ou va-et-vient. La transition de la meule va-et-vient à la meule rotative s'effectue au 2ème siècle av JC.
 

 Meule brisée.(Cl. Pierre Bouyer.)
 

      La céramique est très présente sur le site. Chaque jour de fouilles, ce sont des kilos de poteries qui sont extraits. Plusieurs dizaines de vases et petits pots  ont étés retrouvés entiers. Le décor est simple : il se résume à des incisions, des formes de chevrons, des cannelures. La plupart sont fabriqués sur place ; quelques pièces ont été importées. Des jattes ont même gardé des traces de cuisson. Le tour de potier est plus tardif. La plus grande quantité des poteries est monté du colombin. Parmi les objets domestiques retrouvés à proximité de l'habitation principale, il faut noter les fusaïoles utilisées pour filer la laine sur les quenouilles.


Céramique locale (cl. Pierre Bouyer).
 
     Compte tenu de l'importance du site, les archéologues auraient souhaité disposer de davantage de temps, mais le contrat de la fouille doit respecter un calendrier. A l'issue du chantier, les zones sont "purgées" à la pelleteuse.

    Dans un premier temps un rapport de fouilles sera dressé puis dans un second temps et après des études plus poussées, un rapport archéologique sera publié.
Les outils d'étude sont nombreux et adaptés aux différents supports : étude et datation des céramiques au carbone 14, étude des pollens, des bois par la dendrochronologie (étude des cernes de bois), recoupement des cartes de prélèvements etc.

                                                            Bernard Chevallier



      Une  présentation  complète des  fouilles de Plaisance  sera    publiée dans le no 11de la revue "Entre  Everre et Minette."

          Clichés: droits réservés.


     Découverte récente  de l'INRAP: une vaste villa gallo-romaine  à Noyal-Chatillon-sur-Seiche, près de Rennes, pourvue de thermes de luxe.

Reportage-video possible en cliquant sur ce lien:

 http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources-multimedias/Audiovisuels/Reportages-videos/Reportages-2012/p-14987-Une-villa-gallo-romaine-en-Bretagne.htm